Elorri Deyres-Larraburu
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
elorri.deyreslarraburu@gmail.com
ISSN: 2445-0782
DOI: https://doi.org/10.55698/SS48-2025-07
Cómo citar: Deyres-Larraburu, E. (2025) L’euskara et la Révolution: la traduction en basque des premiers textes révolutionnaires (1789-1793). Sancho el Sabio: Revista de cultura e investigación vasca, 48, 128-151. https://doi.org/10.55698/SS48-2025-07
Fecha de recepción: 04-IX-2025
Fecha de aceptación: 22-XI-2025
ABSTRACT
La période de l’Assemblée nationale Constituante est souvent assimilée à celle d’un libéralisme linguistique contrastant avec la politique plus agressive de la Convention. En retravaillant sur les textes produits en basque entre 1789 et 1793, nous montrons cependant que loin d’avoir orchestré une “politique” de la langue la Constituante soutient plutôt des initiatives locales. A partir de ce renversement nous proposons plusieurs hypothèses sur la valeur des traductions en basque au début de la Révolution.
MOTS-CLÉS
langue Basque; politique linguistique; Révolution française; XVIIIe siècle
RESUMEN
El periodo de la Asamblea Nacional Constituyente se suele asociar con un liberalismo lingüístico que contrasta con la política más agresiva de la Convención. Sin embargo, al revisar los textos redactados en euskera entre 1789 y 1793, demostramos que, lejos de haber orquestado una “política” lingüística, la Constituyente apoyó más bien iniciativas locales. A partir de este cambio, proponemos varias hipótesis sobre el valor de las traducciones al euskera al comienzo de la Revolución.
PALABRAS CLAVE
euskera; política lingüística; Revolución Francesa; siglo XVIII
LABURPENA
Asanblea Nazional Konstituziogilearen garaia, askotan, Konbentzioaren politika oldarkorragoarekin kontrastatzen duen liberalismo linguistikoaren garaiarekin parekatzen da. Hala ere, 1789 eta 1793 artean euskaraz sortu testuak berrirakurtzean, Konstituziogileak hizkuntzaren “politika” bat egituratzetik urrun, tokiko ekimenak sostengatzen dituela erakusten dugu. Hortik abiatuz, hainbat hipotesi proposatzen ditugu Iraultzaren hastapenetan euskarazko itzulpenek zuten balioari buruz.
GAKO-HITZAK
euskara; hizkuntza-politika; Frantses Iraultza; XVIII. mendea
ABSTRACT
The Constituent Assembly period is often equated with linguistic liberalism, contrasting with the more aggressive policy of the Convention. However, by working on the basque translations produced between 1789 and 1793, we realized that far from organizing a language policy, the Constituent Assembly had instead supported local initiatives. Based on this reversal, we propose several hypotheses about the value of Basque translations at the beginning of the Revolution.
KEY WORDS
Basque language; language policy; French Revolution, 18th century
Introduction
Passage obligé de toute historiographie de la question nationale à la fin du XVIIIe siècle, le mythe de la “politique linguistique” de la Révolution a la peau dure. Particulièrement tenace chez les historiens basques, qui voient dans le “jacobinisme linguistique” un danger pour l’euskara, l’idée selon laquelle les députés parisiens n’ont eu qu’une seule politique très hostile à l’égard des “patois1” a été popularisée par les travaux de Ferdinand Brunot2. Dans le neuvième tome de son Histoire de la langue française, le linguiste prétend que l’opinion de Grégoire3 telle qu’elle est formulée dans son rapport du 16 prairial an II cristallise la pensée majoritaire des révolutionnaires, selon lui unanime depuis 1789 et extrêmement défavorable aux langues régionales4. D’autre part, l’enjeu qui semble avoir poussé de nombreux historiens à s’interroger sur cette question linguistique a souvent été celui de savoir si la Révolution avait cherché à dissoudre les identités régionales dans le modèle national français. Son entreprise d’unification des parlers du Royaume puis de la République renverrait ainsi implicitement au nivellement moral que les révolutionnaires auraient voulu pour les citoyens. Au Pays basque, cette association fait d’autant plus sens que l’euskara est perçu et revendiqué comme la composante principale de l’identité basque. C’est donc en toute logique que des historiens comme Pierre Haristoy ont pu deviner dans la politique révolutionnaire agressive à l’égard des langues régionales et de l’euskara une attaque contre l’identité basque, menacée par l’hégémonie française5.
Dans les années 1970, l’intérêt pour la question linguistique a été relancé par les travaux de Michel de Certeau, de Jacques Revel et de Dominique Julia sur le rapport Grégoire et sa “politique de la langue”6. Par la suite, certains historiens se sont cependant attelés à retravailler le singulier de cette expression et donc le sous-entendu idéologique qu’il impliquait. Pour ce faire, ils se sont particulièrement appuyés sur l’étude de l’entreprise de traductions en “idiomes” instituée par la Constituante à partir de janvier 17907. Celle-là leur permettait de démontrer que les députés révolutionnaires n’avaient pas eu une politique exclusive en matière de langue, puisque les députés de la Constituante puis de la Législative avaient plutôt été favorables aux parlers régionaux8. En effet, par un décret voté le 14 janvier 1790, l’Assemblée statue que “le pouvoir exécutif sera chargé de faire traduire les décrets de l’Assemblée dans les différens idiômes, et de les faire parvenir ainsi traduits dans les différentes Provinces du Royaume9”. Le statut hybride du document, lequel n’est pas sanctionné par le roi mais figure toutefois dans la collection Baudoin, n’a pas empêché les traducteurs locaux de solliciter le ministre de la Justice pour lui soumettre leurs traductions. Ce dernier donne généralement suite à leurs demandes et supervise donc la production de traductions de décrets en langues régionales entre janvier 1790 et septembre 1792. C’est moins la transition de la Législative à la Convention, en septembre 1792, que les difficultés de la politique de traduction (coût, lenteurs, problèmes de diffusion) qui entraînent une rupture dans la politique de l’Assemblée vis-à-vis de ces langues. Loin d’être interrompue après le renouvellement du corps législatif, un décret signé de la main de Garat en demande même l’accélération le 6 novembre 179210. Néanmoins ce dernier vise moins les traductions en “patois” que celles dans les langues parlées aux frontières ou à l’extérieur de la République et, dans l’ensemble, l’exécutif arrête progressivement de soutenir les traductions en “idiomes” en 179311. De fait, l’étude de la politique de traductions de la Constituante puis de la Législative, pourtant négligée par Ferdinand Brunot comme par ses successeurs, montre bien les limites à penser au singulier la politique révolutionnaire en matière linguistique. Plus récemment, l’analyse du cas basque proposée par Egoitz Urrutikoetxea va également dans ce sens12.
Cependant, en nous confrontant aux documents traduits en euskara entre 1790 et le début de l’année 1793, les conclusions tirées aussi bien pas les historiens de l’université de Montpellier que par Egoitz Urrutikoetxea nous ont semblé ne pas aller assez loin. En effet, l’analyse de la chronologie des demandes et des réalisations de traductions en basque montre qu’elles ont plutôt été produites hors du cadre législatif, nous empêchant de parler de véritable “politique” de la langue13. Nous reviendrons donc dans un premier moment sur ce corpus afin de souligner l’incohérence à employer le terme de “politique” linguistique à son égard, fût-elle favorable. Comme nous l’avons souligné plus tôt, les recherches sur le rapport qu’entretiennent les révolutionnaires avec la langue se soutiennent presque toutes d’un questionnement politique. Considérer les traductions non pas comme le produit d’une politique venue d’en haut et justifiée par des objectifs idéologiques, mais les envisager comme le travail d’un personnel révolutionnaire local nous permet donc de déplacer cette question. Plutôt que de savoir pourquoi la Constituante entend traduire les décrets, il est dorénavant possible de se demander quelle valeur les traducteurs eux-mêmes donnent à leur production en basque. Nous proposerons donc des pistes de réflexions pour répondre à cette question, nous demandant si les traductions naissent d’une volonté purement pragmatique ou si elles peuvent représenter une revendication des élites locales à faire entrer symboliquement l’euskara sur la scène politique.
1. Sortir du paradigme de la “politique” de la langue
1.1 Les traductions de textes révolutionnaires en basque entre 1789 et 1793
La “politique” des traductions connaît ainsi des ramifications au Pays basque, dont on trouve trace à la fois aux Archives Nationales, principalement dans le dossier AA/3214, et dans les archives locales. Nous commencerons par fournir un tableau plus ou moins exhaustif (en l’état actuel des connaissances) de leurs productions.
Le premier contact Pays basque-Paris dont le dossier 963 en AA/32 fasse état passe par Champion de Cicé15. Deux initiatives plus ou moins concurrentes lui sont proposées en 1790. La première est lancée presque immédiatement après la promulgation du décret par un ancien avocat au Parlement de Pau résidant à Paris, un certain “sieur de Larrouy”. Dans une lettre adressée au Garde des Sceaux le 20 janvier 1790 (soit seulement six jours après le vote du décret), il lui propose ses services pour traduire en béarnais les décrets de la Constituante. Ne parlant pas lui-même le basque, il met en avant sa connaissance de “Basques qui sont actuellement à Paris” et qui pourraient se charger de la traduction des décrets dans cette langue16. Un peu plus tard, l’initiative vient directement du Pays basque. En effet, une lettre de septembre 1790 adressée par le garde des Sceaux aux administrateurs du directoire du département des Basses-Pyrénées laisse entendre que Pierre Dithurbide17 propose au ministre de traduire les décrets en basque18. Cette proposition semble faire écho aux demandes du directoire du district d’Ustaritz, adressées à Necker et transmises par son biais à Champion de Cicé, pour faire appliquer le décret du 14 janvier 179019. Néanmoins, il nous est impossible de savoir si l’initiative du directoire du district d’Ustaritz et celle de Dithurbide procèdent d’une origine commune.
La ferveur déclenchée par le décret de janvier ne retombe pas en 1791. Au contraire elle semble même renouvelée par l’initiative du citoyen Dugas, qui propose à Duport-Dutertre de traduire et de diffuser la Constitution dans toutes les langues du sud de la France au début de l’année 179120. A ce moment-là, la Société des amis de la Constitution de Bayonne adresse au ministre et à Dugas une lettre pour proposer les services d’un “ecclésiastique natif du païs basque et membre de [leur] société” se portant volontaire pour faire la traduction des décrets en basque21. Ce traducteur, Etcheverry ou d’Etcheverry selon nos recherches dans les registres de délibérations de la société22, pourrait ainsi entrer en concurrence avec Dugas. C’est pour cette raison que Duport-Dutertre en fait part à celui qui semble s’être taillé la place de traducteur officiel en langues méridionales avant de répondre aux citoyens bayonnais. Dugas lui confie alors préférer faire appel à un homme de sa connaissance, plutôt qu’à D’Etcheverry, pour ajouter à la traduction en béarnais envoyée au département des Basses-Pyrénées celle en basque23. L’identité de ce député nous est cependant inconnue.
Finalement, la dernière proposition de traduction en basque date des débuts de la Convention. A la suite du décret du 6 novembre 1792, et dont l’exécution incombe à Dominique-Joseph Garat24, Pierre Dithurbide renouvèle son offre auprès du ministre. Il adresse ainsi une lettre le 13 novembre 1792 à celui qui n’est autre qu’un compagnon Uztaritzar25, pour proposer ses services de traducteur26.
Outre ces trois grands moments retraçables à partir de la série AA/32, il faut souligner l’apport des recherches récentes d’Egoitz Urrutikoetxea sur un autre corpus de documents concernant la traduction des décrets en euskara. Ainsi, des lettres conservées dans la série H, dans le dossier “Affaires du Labourd” issu des archives du Contrôle Général des finances, rendent compte de la mise en place au niveau local de traductions entre janvier et septembre 179027. En effet, Pierre Dithurbide propose à Necker ses services dès février 1790. Ici, nous apprenons qu’il a déjà effectué la traduction des “dècrets les plus pressés” c’est-à-dire “ceux qui concernent les municipalités avec les explications que l’assemblée y a joint28”, mais qu’il compte sur l’intendant de Neville29 pour financer encore plus de traductions. D’après une lettre adressée par Neville à Necker, l’intendant a, après avoir reçu la proposition de Dithurbide, renvoyé la question au syndic du Labourd, Dhiriart. Ce dernier contacte alors directement Dithurbide pour lui demander d’évaluer la valeur de son travail. Après avoir fixé ce prix, Dhiriart revient vers Neville qui peut alors donner son avis à Necker sur la question, en juin 179030. Il lui fait part de son intérêt et lui envoie même les décrets concernant la formation des municipalités traduits par Dithurbide31.
Enfin, il faut souligner l’existence d’un ensemble de textes en basque (bilingues ou pas) publiés indépendamment de toute pression centrale. Le premier document bilingue, et dont on ne peut pas imputer la création au décret du 14 janvier 1790 (puisqu’il est écrit avant) est le cahier de doléances bilingue du Tiers-État du Labourd32. Concernant les autres textes révolutionnaires écrits en basque, l’incendie aux Archives départementales de 1908 nous rend assez tributaire des recueils de textes basques compilés avant cette date, et particulièrement de ceux de Julien Vinson. Dans le deuxième tome de ses Pièces historiques de la période révolutionnaire en français et en basque, l’historien recense un certain nombre de documents écrits en basque et en français, voire uniquement en basque. C’est le cas du règlement de police intérieure de l’assemblée électorale des Basses-Pyrénées publié en août 179033 et d’un circulaire de Dhiriart sur le paiement des nouvelles contributions publié en 179134. Vinson note également des références que le prince Louis-Lucien Bonaparte35 lui a indiquées, mais dont nous ne trouvons pas trace dans les archives36. Enfin, Imanol Trebiño a recensé deux autres textes produits directement en basque durant cette période, une déclaration du Biltzar concernant la franchise du port de Bayonne37 ainsi qu’une instruction destinée aux habitants de Saint-Jean-de-Luz sur la formation des municipalités38.
1.2 D’un schéma descendant à un schéma ascendant
Maintenant que la chronologie des traductions en basque des décrets a été exposée, il est possible de voir que, plus qu’une politique impliquant la descente d’un ordre vers les provinces, l’entreprise de traductions en basque dépend d’initiatives locales. Ces dernières sont parfois entérinées par le pouvoir central mais ce soutien n’est souvent que secondaire39.
Le décret est d’abord trop flou pour être responsable d’une véritable “politique” à l’égard des langues régionales. Anne Simonin a démontré dans le contexte des traductions en occitan que le décret du 14 janvier n’aurait jamais eu de conséquences sans l’action personnelle du citoyen Dugas40. En effet, la loi votée au début de l’année 1790 présente deux faiblesses “congénitales”, qui l’auraient rendue complètement caduque sans l’action initiée par des acteurs locaux, comme celle de Dugas. D’abord, le décret est particulièrement vague : comme s’en insurge Duport-Dutertre un an après son vote, il ne fixe aucune caisse pour les traductions, n’explicite pas les modalités de recrutement, de paiement, d’impression ou d’envoi des décrets traduits. Tout reste à définir41. Pour un décret supposé mettre en place une “politique “, son contenu n’incite qu’à une action très flottante. Autre problème “congénital”, le décret du 14 janvier 1790 n’a jamais été promulgué. Si le texte proposé par Duport est bien voté par l’Assemblée nationale, et qu’il a effectivement été imprimé dans la collection des décrets établie par Baudoin, la date de sa sanction par le roi n’y figure pas. Or depuis le décret du 9 novembre 1789, un décret doit être voté, sanctionné, et publié pour avoir force de loi42. Comme le conclut Anne Simonin, en tant que décret “boiteux”, il “ne pouvait produire que des effets fragmentaires dans la réalité43”. Nous remarquerons cependant que le second décret visant à accélérer la politique de traduction est un peu plus ambitieux. Contrairement à celui de janvier 1790, il initie un mouvement d’institutionnalisation des traductions et ordonne la nomination d’une commission à cet effet44. Cela dit, le budget octroyé aux entreprises de traductions, leur quantité, qualité ou forme, pas plus que leur envoi ou la nomination des traducteurs eux-mêmes ne sont des problèmes abordés par le décret de novembre. Que ce soit en 1790 ou en 1792, les deux lois censées être à l’origine de la politique des traductions semblent donc trop floues pour provoquer la diffusion à grande échelle des traductions dans le royaume.
Le changement d’échelle pour celle du Pays basque nous permet de corroborer ce qu’Anne Simonin esquissait comme critique du paradigme de la “politique” des traductions : bien qu’une loi ait été votée, celle-là est trop vague et rend l’assemblée tributaire d’initiatives privées et ponctuelles pour la mise en place des traductions. Il ressort de notre parcours à travers les archives en basque que les traductions ne sont pas commanditées par les autorités (locales ou nationales) mais sont proposées spontanément par les acteurs locaux. Larrouy, Dithurbide, Detcheberry proposent tous leurs services plus qu’ils ne répondent à une demande clairement formulée. En fait, les acteurs locaux n’obéissent pas vraiment à la loi, mais se servent d’elle. Ici il faut distinguer deux effets du décret. Ce dernier permet d’abord de déclencher, mais pas de prescrire, les traductions. On le voit dans la chronologie des demandes. Par exemple, le registre de délibération de la Société des Amis de la Constitution de Bayonne expose que:
“M. Detcheverry ayant vu que la constitution devait être traduite dans les différentes langues usitées en France, offre de se charger de le faire en Basque. La société applaudit à son zèle patriotique, arrête d’en instruire le ministre de la Justice par une lettre dont la rédaction est confiée au dit Etcheverry45.”
Il est clair qu’à aucun moment un ordre n’est descendu, obligeant les révolutionnaires bayonnais à recruter un traducteur en basque. C’est comme si Detcheberry s’était procuré le décret du 14 janvier et qu’il avait décidé de l’appliquer. Le schéma n’est donc pas celui d’une descente d’un ordre vers les notables locaux, mais d’une proposition individuelle qui remonte vers les autorités nationales. Dans ce cadre-là, la loi peut aussi être utilisée comme un recours rhétorique visant à justifier le bienfondé de l’entreprise des traducteurs. Par exemple, le directoire du district d’Ustaritz s’adresse à Necker en lui demandant explicitement de “faire exécuter le décret de l’Assemblée Nationale qui porte que ses décrets sanctionnés par le roy seraient traduits en langue basque46”. Il en appelle donc à la rigueur législative du ministre. Mais quand Dithurbide s’adresse à Garat en novembre 1792, la raison qu’il convoque pour justifier son travail n’est pas celle de l’existence d’une loi. Au contraire il cherche plutôt à amadouer le ministre en invoquant la volonté des Basques d’accéder aux traductions: “ils [les Basques] demandèrent par le procès-verbal de leur première assemblée électorale la traduction des décrets en basque47”. Il préfère toucher la sensibilité patriotique basque de Garat plutôt que de recourir à l’argument formel de l’existence du décret. La loi de janvier 1790 comme celle de novembre 1792 déclenche donc autant qu’elle légitime les traductions. Dans les deux cas, elle est utilisée par les traducteurs dans un discours adressé au pouvoir central, et pas l’inverse. On sort donc totalement du paradigme descendant de la “politique” des traductions qui voit dans le décret du 14 janvier un ordre contraignant les administrateurs à traduire les décrets.
Nous pouvons même aller plus loin à partir des documents découverts par Egoitz Urrutikoetxea : le pouvoir central parisien n’a en fait pas besoin d’être convoqué pour que les traductions se mettent en place. En effet, la correspondance du début de l’année 1790 entre l’intendant Neville et Dithurbide montre que l’entreprise de traduction au Pays basque a commencé à l’échelle locale et n’est entrée dans le jeu national que dans un second temps48. Ainsi, l’Uztaritzar a d’abord traduit sur ses propres deniers les décrets organisant la formation des municipalités49. Dithurbide argue qu’il aurait pu continuer sans aide officielle s’il en avait eu les moyens, et la présence des décrets traduits par sa main en H/1171 nous pousse à croire qu’il est effectivement en mesure de diriger une entreprise de traduction seul, puisqu’il y a réussi avec les décrets de réunion des municipalités en 1790. Cependant, faute de financement, il est obligé de recourir aux autorités locales puis nationales et d’institutionnaliser son opération. Il sollicite ainsi l’intendant pour qu’il ordonne aux préposés du pays de régler les dépenses de la traduction, comme le résume Necker à Neville50. Face au délai de réponse de l’intendant, Dithurbide lui présente une alternative :
“Que si au contraire, Monseigneur, les moyens proposès ne parroissoient pas prudens, j’en proposerais un autre qui, s’il n’est pas meilleur, dèposera du moins de la pureté de mes vües dans cette affaire. Ce seroit de me rendre à Paris, d’y faire ces traductions aux frais du gouvernement sous le traitement ordinaire d’un député51.”
Cette lettre permet de mieux comprendre sa prise de contact avec Champion de Cicé en septembre 1790, dont on trouve la trace en AA/3252. Si Dithurbide s’adresse au ministre de la Justice, c’est seulement après avoir vu ses espoirs déçus auprès de Neville. Comme ce dernier met trop de temps à lui répondre et qu’il commence à douter de la possibilité d’organiser le paiement des traductions à l’échelle des trois provinces, Dithurbide décide de changer de stratégie et de s’adresser directement au pouvoir central. Cette situation nous pousse d’autant plus à remettre en question l’idée d’une descente de la “politique” des traductions vers les provinces. Cette dernière s’organise d’abord localement, sous l’impulsion d’un acteur déterminé à publier ses œuvres et cherchant à les financer. C’est seulement face à l’incapacité de l’administration locale qu’il décide de faire appel aux représentants du pouvoir national.
Nous pouvons donc avancer que le paradigme descendant d’une “politique” de traduction ne correspond pas vraiment à la réalité des productions de documents en basque entre 1790 et 1793. Bien que le passage au pluriel fût important pour sortir de l’idée stéréotypée du “jacobinisme linguistique”, il nous paraît nécessaire de nous émanciper définitivement de la notion de “politique”, au singulier comme au pluriel, pour considérer les traductions en basque comme le fait d’acteurs locaux faisant appel au pouvoir central en cas de besoin. Une fois sorti de ce schéma, il est possible d’interroger les motivations des notables locaux qui traduisent les documents révolutionnaires en basque.
2. Interroger les motivations des traducteurs basques
Pour questionner ces pratiques, il nous a fallu élargir notre champ de recherche au-delà des traductions proprement dites. L’incendie des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques en 1908 y est sûrement pour beaucoup, mais il est très rare de pouvoir retracer l’origine et les discussions ayant mené à une traduction en basque, ainsi que des témoignages de comment elles furent utilisées (lues, achetées, déclamées, affichées, etc). De fait, nous faisons le choix de recourir à des documents qui ne dépendraient pas forcément des décrets de janvier 1790 et de novembre 1792, et d’élargir nos réflexions à des textes écrits uniquement en basque qui ne seraient pas, à proprement parler, des traductions. Le choix de ce nouvel échantillon étant restreint par les mêmes logiques de conservation que celles évoquées précédemment, nous nous appuierons sur les textes édités dans les différents recueils de source cités plus haut. Ces quelques autres documents que nous pouvons ajouter à notre corpus nous permettront ainsi de mieux comprendre quels sont les usages du basque entre 1789 et 1793, et donc de mieux appréhender la valeur des traductions du français au basque.
2.1 Des traductions plus pratiques qu’idéologiques
Les discours des différents ministres, voire de certains traducteurs, sont régulièrement ponctués d’envolées à propos de la pénétration des idéaux révolutionnaires que permettraient les traductions. Duport-Dutertre caviarde même une exclamation qui lui a comme échappé, dans une minute de lettre: “Vous sentez combien il importe que le peuple se pénètre le plus promptement possible des principes d’une constitution à laquelle son bonheur est intimement lié53”. Le même ministre joue encore de cette rhétorique auprès des administrateurs des départements du sud de la France au moment de leur envoyer la traduction de la Constitution en occitan : c’est “le désir de répandre la lumière” parmi les citoyens qui les incitera à s’occuper de ce travail54. Pour le personnel révolutionnaire les traductions devraient donc jouer un rôle idéologique, celui de transmettre le message de 1789. Cependant, au moment de regarder quels textes ont été traduits, ou plutôt quels textes traduits ont été conservés, il est évident qu’aucun document purement idéologique -comme pourraient l’être la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ou même la Constitution- n’a été traduit en basque et conservé55. D’un côté les acteurs nationaux comme les traducteurs locaux imaginent donc utiliser le basque comme un moyen d’intégrer idéologiquement les masses au nouveau régime. En parallèle, la réalité de la production et de la conservation des textes traduits montre que les enjeux attachés aux traductions ne sont pas vraiment de cet ordre-là. Loin de jouer un rôle idéologique, elles poursuivent surtout un but pragmatique.
Au Pays basque, elles servent surtout à appuyer la réorganisation de l’administration locale. Comme souligné un peu plus tôt, les décrets et instructions dont nous possédions toujours une trace concernent quasiment exclusivement l’organisation des municipalités. C’est le cas de la traduction d’un certain Imbert publiée à Bayonne sous le titre de Decretac nacioneac bilduric Emana cinegotcigoen formatceco moldearen gaïnian, ou “Décrets rendus par l’Assemblée nationale sur les modalités de formation/nomination des conseillers municipaux56”. Et nous pouvons bien sûr penser à la traduction de Dithurbide, parue sous le titre de Franciaco Bilçarraren edo Estatu Generalen Decretac ou “Décrets de l’Assemblée des Français, ou des États-Généraux57”. Il est curieux de constater qu’alors que les traductions de décrets en basque sont quasiment inexistantes, nous ne possédions pas seulement une mais deux traductions du même décret du 14 décembre 1789. Il nous faut ici rappeler que la mise en place de la nouvelle organisation territoriale est extrêmement compromise en Iparralde, où la réunion du Pays basque au Béarn en un seul département est controversée. Dans certains bourgs, des agitateurs encouragent à ne pas former les assemblées municipales tant que l’Assemblée nationale ne serait pas revenue sur la création d’un département basco-béarnais58. C’est très certainement face à ces difficultés que les municipalités commandent une traduction à d’Imbert et à Dithurbide, espérant que l’explication en basque de la nouvelle administration pourrait apaiser les conflits. D’autres textes écrits en basque à la même période corroborent cette idée. Les proclamations expliquant le mode de fonctionnement de la nouvelle assemblée électorale du département59 ou le paiement des nouvelles contributions60 sont autant de documents à visée purement pragmatique. De fait, les documents dont on décide de la traduction ou de la publication en basque concernent dans leur immense majorité des questions pratiques et entendent discipliner les locuteurs bascophones de telle sorte qu’ils se conforment à la nouvelle organisation administrative.
Ces derniers correspondent à une certaine partie de la population du Pays basque français: les documents traduits ne s’adressent pas à tout le monde. Effectivement, le français s’impose au cours du XVIIIe siècle comme langue de culture pour les classes intermédiaires basque, tandis que les populations les plus pauvres tendent de plus en plus à être alphabétisées, en basque61. De fait, en même temps que les élites, les classes marchandes et les professions libérales deviennent bilingues, voire uniquement francophones, les classes inférieures sont prises en charge dans les petites écoles et apprennent à lire et à écrire dans leur langue maternelle, à savoir le basque62. Cette répartition sociolinguistique est clairement exprimée dans le témoignage du père Duhalde, chargé de mission à Saint-Jean-de-Luz, en 1732. Il explique :
“Le plan que nous suivons étoit de donner un sermon en basque à six heures du matin en faveur des artisans et des domestiques, une méditation en basque à huit heures pour préparer à la confession successivement les filles, les femmes, les garçons et les hommes, un s[econd] sermon en françois à dix heures, une conférence alternativement en basque et en françois à deux heures de relevée, et un troisième sermon en françois vers les trois heures et demi63.”
Cette lettre montre que les populations uniquement bascophones et pour lesquelles le prêche doit forcément se faire en euskara sont les plus pauvres, ici les artisans et les domestiques. Au contraire le sermon en français a lieu à un horaire beaucoup plus commode pour des individus n’ayant pas à travailler, et qui peuvent se permettre de venir prier à dix heures du matin. Ces remarques ne sont pas sans lien avec la question des traductions en basque. On pourrait légitimement se demander pour qui les textes, décrets et instructions sont traduits, dans la mesure où la majorité des élites des bourgs parle et lit le français. Nul besoin de leur traduire la Constitution si elles peuvent déjà y accéder dans sa langue source. Néanmoins, une grande partie des populations les plus pauvres est alphabétisée exclusivement en basque, ou pas alphabétisée du tout: il semblerait que ce soit pour elles que les traductions aient été produites.
Cette répartition sociolinguistique du basque et du français explique certainement la présence massive d’”instructions” et d’”explications” allant avec les traductions. En effet, certains documents de notre corpus sont uniquement des “instructions”, comme c’est le cas de celles données aux citoyens luziens en 1791 quant à la formation des municipalités64. Celles-là doivent être “simples et familières” (chehe eta familier) : on voit bien que le rôle du traducteur va au-delà de la simple transcription dans une autre langue mais qu’il revêt une dimension éminemment pédagogique. Il grossit mêmes les traductions “pures” de commentaires pour expliquer les textes officiels. Dithurbide ajoute ainsi des remarques en plus des explications prévues dans le décret du 14 décembre 178965. La traduction remplit alors un but éducatif.
2.2 Écrit et oral : le piège des évidences
Dans la mesure où les traductions ont une visée pratique et pédagogique, il serait intéressant de se pencher sur l’usage qui en est fait. Si elles aspirent à être lues à haute voix, nous pourrions nous demander pourquoi les élites locales bilingues ne pourraient pas traduire les décrets en direct et à l’oral. Et si elles visent à être lues en silence et conservées individuellement, il conviendrait de savoir qui est en mesure de se les procurer, et pourquoi il le ferait.
Il est probable que beaucoup de traductions politiques aient été réalisées uniquement à l’oral, et que nous n’en n’ayons pas de trace. Malheureusement pour nos recherches, comme les pratiques linguistiques font partie de la norme dans les assemblées, celles-là n’ont aucune raison de spécifier la langue dans laquelle les discours, les discussions, ou les proclamations ont été faites. Néanmoins, certains usages sont attestés, à commencer par celui du basque au cours des séances du Biltzar. Le registre des délibérations aujourd’hui conservé aux Archives départementales constitue en fait un assemblage de résumés en français de discussions se déroulant essentiellement en euskara66. Cette pratique est très certainement commune à beaucoup de communautés basques. Le cas d’Ahetze, dont toutes les délibérations municipales de 1792 à 1796 sont rédigées en basque, en est le meilleur exemple67. Nous sommes donc en droit de penser que la pratique bilingue est courante dans les assemblées municipales du Pays basque et que la traduction des textes de loi en basque l’accompagne régulièrement.
Quelle est alors la place prise par les traductions écrites dans ce système oral bilingue ? Mention est peut-être faite d’une lecture (et non pas d’une traduction improvisée sur le moment) en basque au moment de la constitution des municipalités en mars 1790, dans l’église d’Ustaritz:
“L’an mil sept cent quatre vingt dix et le neuvième de mars, les citoyens actifs de la ville d’Ustaritz assemblés en l’église du lieu avec les officiers municipaux en exercice de la présence de M. Pierre Dithurbide […]. Il a été précédé premièrement par le s. Dithurbide a l’exposition du sujet de l’assemblée et à l’explication en langue basque du décret de l’assemblée nationale concernant la constitution et de l’explication qui est (ill)68.”
Cette présence de Dithurbide dans l’assemblée nous interroge. Premièrement, l’Uztaritzar a-t-il déjà rédigé et imprimé sa traduction en mars 1790 ? Si oui, cela signifie-t-il qu’il la lit ? Ou au contraire, est-ce cette expérience de traducteur auto-proclamé lors de l’assemblée électorale qui le pousse, dans un second temps, à imaginer imprimer sa traduction ? Dans les deux cas, que Dithurbide lise sa propre traduction ou qu’il la constitue a posteriori à partir de sa traduction orale, cette mention permet de connaître un peu mieux les usages qui sont faits des traductions. Celles-là sont destinées à être proclamées en présence de citoyens bascophones à des moments cruciaux, comme celui de la formation des municipalités, où il est absolument nécessaire que le message transmis par les textes officiels soit bien compris. Mais alors pourquoi en imprimer certaines?
Cette question se pose d’autant plus vivement que la production de traductions écrites est très difficile à mettre en place. Le même Dithurbide brosse un tableau plus qu’éloquent de tous les obstacles à leur publication. Tout d’abord, leur impression est compromise par des imprimeurs éloignés, peu coopérants et cupides :
“Il n’y a à vingt, ou même trente lieues à la ronde que deux imprimeries toutes deux très mal montées et très lentes. Outre que sous le pretexte de la dificulté d’imprimer dans une langue ignorée ; elles font la loy, d’ailleurs le déplacement pour suivre et corriger les épreuves, tout cela fait monter les impressions en basque à un taux excessif69.”
D’autre part, leur diffusion est également entravée, puisque “ce païs a tres peu de bourgs reassemblés où les Basques se réunissent” et que “leurs habitations sont éparses dans la campagne70”. Neville note également qu’il n’y a “point de colporteurs ni de canaux de circulation pour les livres71” dans les provinces basques. Ainsi la géographie, c’est-à-dire le caractère dispersé des habitats et l’absence de bourgs importants, compromet la circulation possible des traductions. Et même si des réseaux commerciaux existaient, le manque de moyens des Basques les empêcherait de se procurer ces traductions. Neville s’inquiète ainsi :
“Il est certain, Monsieur, que la traduction projettée par le sr Dithurbide ne peut qu’être très utile, mais dans un pays où le peuple est réellement si pauvre, si disposer (sic) à résister à toute nouvelle charge, la dépense dont il s’agit pourrait exciter des plaintes, si elle n’étoit votée librement par les communautés72.”
Dithurbide reconnaît également que “la classe, partout pauvre, l’est extremement icy73” et que les habitants des campagnes seraient donc très peu enclins à se procurer les traductions.
De fait, si la traduction à l’oral est une pratique plutôt courante et que leur mise à l’écrit est si coûteuse (humainement et financièrement), pourquoi imprimer les traductions? La piste que nous pourrions privilégier est que ces dernières serviraient de support pour les élites locales au moment de s’adresser aux foules. Elles feraient ainsi le lien entre l’écrit (le texte traduit fixé) et l’oral (le texte proclamé devant l’assemblée). Tout comme Dithurbide traduit “en direct” ou lit sa traduction devant l’assemblée électorale d’Ustaritz en mars 1790, d’autres pourraient profiter de cette base écrite pour communiquer avec les citoyens bascophones. Cette hypothèse est cependant invalidée par les propositions faites par Dhiriart et par Dithurbide à Neville au sujet de la diffusion des traductions. Ils lui soumettent d’abord l’idée de faire acheter aux municipalités les traductions:
“Que dans ces provinces où il n’y a guére que des Paroisses éparses point de colporteurs ni de canaux de circulation pour les livres il n’y auroit d’autre moyen de mettre dans les mains d’un grand nombre les décrets, le dernier discours du roi à l’assemblée nationale et l’adresse de l’assemblée aux Provinces que le Sr Dithurbide se propose aussi de traduire, que de charger les municipalités de faire les frais sur leurs revenus communs d’un nombre d’exemplaires proportionné à la Population de chaque Paroisse tel que 25 pour 500 ames, au prix de 40 s. par exemplaire74.”
On pourrait imaginer que si les municipalités se chargent de “faire les frais sur leurs revenus communs” des traductions, ces dernières pourraient alors se constituer une sorte de bibliothèque de textes traduits, lesquels pourraient servir de support oral au moment des assemblées municipales. Mais ce n’est pas l’idée des deux Labourdins. Ils envisagent plutôt que le personnel municipal joue le rôle que les colporteurs ne peuvent pas remplir, c’est-à-dire celui de vendre les traductions aux citoyens basques. Ils proposent ainsi :
“que pour réduire la dépense au moins même de la moitié pour chaque municipalité il seroit a propos d’autoriser les officiers municipaux a faire vendre au profit commun les exemplaires dont ils auroient été chargés, et dont ils fixeroient le prix aussi modérément qu’ils le jugeroient convenable75.”
De fait, les municipalités ne sont investies que comme canaux de diffusion des traductions écrites, et pas comme des instances de mise en commun des dits documents. Or l’idée de faire revendre les traductions par les officiers municipaux est en contradiction profonde avec la situation sociolinguistique du basque à la même période. Comme énoncé précédemment, les locuteurs alphabétisés uniquement en basque appartiennent aux franges les plus pauvres de la société. Les seuls individus pouvant se permettre d’acheter une traduction sont donc les plus aisés, or ce sont précisément ceux-là qui maîtrisent le français : ils n’ont donc pragmatiquement pas besoin d’obtenir une traduction des décrets en basque. Peut-être attacheraient-ils de l’importance à voir le basque utilisé comme langue politique, et souhaiteraient-ils en garder une trace? Si les traductions écrites visent à être conservées par les élites locales, il faudrait alors questionner la dimension symbolique dont elles pourraient être chargées.
2.3 (Re)donner ses lettres de noblesse au basque ?
Comme de nombreux historiens basques l’ont souligné, 1789 est l’occasion de faire entrer la langue basque sur la scène politique alors qu’elle a peu à peu été désinvestie de celle littéraire. Du XVIe au XVIIIe siècle, l’euskara est majoritairement utilisé pour la production d’imprimés à caractère religieux76 mais le premier auteur à imprimer un ouvrage en basque, Bernard Detchepare77, n’a d’autre motivation que de donner un statut littéraire à la langue qui est la sienne. Il s’étonne ainsi qu’:
“étant donné que les Basques sont adroits, courageux, nobles, qu’il y a eu et qu’il y a parmi eux de grands connaisseurs dans toutes les sciences, […] personne n’ait essayé d’écrire quelques ouvrages en basque en hommage à sa propre langue pour qu’il soit manifeste devant tout le monde que c’est une langue aussi bonne que les autres pour l’écriture78.”
Néanmoins, alors que le basque littéraire connaît un âge d’or au début du XVIIe siècle, son usage décline progressivement jusqu’au XVIIIe siècle en Iparralde. Les progrès de l’alphabétisation des masses en basque et le rôle croissant pris par le français sur le latin dans l’administration et dans la culture ont tendance à diminuer la valeur attribuée au basque, et donc à réduire la production d’écrits littéraires dans cette langue79. A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, le développement des thèses “basco-évangélistes” de l’autre côté de la frontière pyrénéenne renouvelle néanmoins l’approche des élites d’Iparralde au basque80. La pénétration de l’idée selon laquelle elle est une langue pré-babélique parlée par les anges et le signe de la supériorité de la nation basque est ainsi sensible chez des auteurs comme Etcheberri de Sare, Oihenart ou Eguiatéguy81. Du fait de la tradition d’imprimés littéraires basques du XVIIe siècle, du développement des thèses basco-évangélistes en Hegoalde et de leur pénétration au Pays basque nord au XVIIIe siècle, nous pourrions supposer qu’il existe une reconnaissance particulière du lien entre la langue et l’identité basque à la veille de la Révolution.
En prenant en compte la pénétration de ces discours méta-linguistiques très favorables au basque et lui reconnaissant une singularité presque messianique, les entreprises de traductions révolutionnaires sont éclairées d’une nouvelle lumière. 1789 pourrait être l’occasion de redonner au basque ses lettres de noblesse et de le faire entrer sur une scène dont il a jusqu’alors été exclu, celle politique. Pour Egoitz Urrutikoetxa, il est question d’une “prise de conscience du fait langagier” durant la période82. Beñat Oyharçabal conclut également son étude consacrée aux lettres basques du XVIe au XVIIIe siècle par cette considération : “c’est à l’occasion des évènements révolutionnaires (à commencer par les cahiers de doléances du Labourd) que, pour la première fois, le basque fut utilisé dans le registre politique83”. Mais ne serait-ce pas plutôt l’entrée de locuteurs basques, c’est-à-dire des masses populaires auparavant exclues de la sphère politique nationale, qui ferait entrer leur langue en politique? En clair, le basque entre-t-il le domaine politique national parce que ses locuteurs y accèdent eux-mêmes, ou parce que les élites bascophones se saisissent de l’occasion d’enfin donner à l’euskara la place qu’il mériterait?
Une étude proprement lexicale des textes traduits en basque permettrait alors de constater le degré de littérarité conférée au basque et, peut-être, de mesurer la propension des élites à mettre le basque “à la hauteur” de l’évènement révolutionnaire. Alors que certains historiens ont parfois effectué des raccourcis un peu limitants, considérant que les traductions sont de pures adaptations du vocabulaire français aux “patois”, l’analyse de la langue des traductions révolutionnaires révèle une autre réalité. Les traductions sont de bonne tenue, du point de vue du vocabulaire comme de la syntaxe. Aurélie Arcocha note par exemple que les traducteurs ont peu recours au pronom relatif pour introduire des propositions subordonnées, ce qui serait un gallicisme, mais tournent très souvent différemment l’ordre syntaxique pour respecter les règles de grammaire en vigueur en euskara84. Concernant le vocabulaire, elle souligne l’effort de certains traducteurs à ne pas calquer des termes sur le français pour traduire les mots du nouveau lexique révolutionnaire, mais à recourir au néologisme85. Cependant les conclusions tirées par le travail plus poussé de Margarita Rica Esnaola nuancent ce propos. L’analyse lexicométrique des traductions menées par cette dernière montre en effet la faible résistance du basque à l’interférence lexicale : si la majorité des nouveaux mots employés dans les textes révolutionnaires est formée d’unités basques uniquement (des termes déjà existants ou des néologismes), la plus grande partie du corpus a toutefois subi une interférence lexicale86. D’autre part, elle insiste sur la présence massive de prêts du français ou de prêts sans explications. Ces derniers relèvent selon elle de la volonté du traducteur de renvoyer à des signifiés zéro qui ne pourront prendre sens qu’en français dans l’esprit du lecteur. Autrement dit, le locuteur basque accèdera au signifié par un mot français et n’en connaîtra pas d’équivalent en basque. Ces deux conclusions la poussent à réfléchir au statut des traducteurs au Pays basque et à les définir comme une élite révolutionnaire envisageant le français comme une langue de prestige. Ils ne considèrent pas a priori le basque comme une langue tellement sacrée qu’elle aurait droit de cité en politique et la subordonnent plutôt au français.
De fait, si les notables basques ont favorisé les traductions et trouvé un intérêt à diffuser des documents en euskara, il ne semble pas que cette politique soit née de la volonté de (re)donner ses lettres de noblesse à leur langue en lui accordant un lexique proprement basque et politique. Ces remarques ne nous permettent donc pas de répondre à la question de savoir pourquoi les traductions sont imprimées, et pas seulement transmises à l’oral. Si les élites considèrent le français comme la langue noble, et ne voient pas dans les évènements révolutionnaires l’occasion de faire entrer l’euskara en politique, pourquoi soutiennent-elles les impressions des traductions ?
2.4 L’euskara et les élites révolutionnaires basques
Nous ne voulons pas nous résoudre, comme Egoitz Urrutikoetxea, à dire que la majorité des élites locales est contre la pratique du basque87. Selon nous ces dernières trouvent bien un intérêt à ces traductions, et n’en encourageraient pas la publication sinon.
Un retour sur le profil des traducteurs peut nous renseigner sur les motifs les ayant poussés à proposer leurs bons offices. Pour nombre d’entre eux, il est clair que leur situation socio-professionnelle a été compromise par la Révolution. Larrouy est par exemple un ancien officier royal, juge de la sénéchaussée de Came et de Lassererie88, et confesse voir dans l’entreprise de traduction une manière de gagner sa vie :
“En même temps que le travail du M. Larrouy sera utile à sa patrie, msgr lui fournira l’occasion de gagner un salaire nécessaire à son existence, et qui pour le moment formera une espèce de dédommagement du revenu de son office dont il est privé depuis qu’il en a appris la suppression89.”
En manque de revenus et condamné à l’oisiveté par la suppression de son office, Larrouy envisage donc le décret du 14 janvier 1790 comme une opportunité professionnelle. De même, Dithurbide “doyen des avocats du baillage d’Ustaritz90” ne peut plus exercer après la suppression du Parlement dans lequel il exerçait91. Il semble donc que les traducteurs saisissent l’occasion du décret du 14 janvier pour se reconvertir dans le nouvel ordre, et en tirer un profit financier.
Ces derniers cherchent également une forme de reconnaissance dans le mouvement révolutionnaire : la traduction est une manière de montrer son patriotisme et de prendre part aux évènements. A ce sujet, il est intéressant de considérer le parcours de Dithurbide : le doyen des avocats du baillage est pressenti pour accompagner Dominique-Joseph Garat en tant que délégué du Biltzar aux États-généraux et se fait voler la vedette par l’aîné Garat au dernier moment. Aussi la traduction des décrets en basque lui permet-elle d’entrer dans le processus révolutionnaire. Cette volonté d’ “en être”, envers et contre tout, pourrait être une manifestation tangible du protagonisme révolutionnaire tel qu’Haïm Burstin le théorise. Peut-être qu’une “volonté d’inscrire durablement dans le devenir historique [son] implication particulière, en nouant un lien encore plus strict avec l’événement92” pousse les traducteurs à proposer leurs offices aux autorités ? De plus, une des faces importantes de ce “protagonisme” est qu’il exige d’être reconnu : Haïm Burstin insiste sur la nécessité pour le protagoniste de se savoir perçu comme tel par ses pairs, jusqu’à se constituer un “curriculum des mérites” qui témoignerait de sa conduite révolutionnaire. Cette réflexion nous paraît tout à fait pertinente dans le cadre de notre étude des traductions en basque. Notons par exemple que le curé Detcheberry passe d’abord par la Société des amis de la Constitution de Bayonne avant de soumettre sa proposition au ministre de la Justice. Son entreprise a moins de sens si elle est réalisée à l’abri des regards: décidant d’entrer en politique par la voie des traductions, il lui faut manifester son attachement à la Révolution et faire reconnaître à ses compatriotes son propre protagonisme révolutionnaire. Il obtient d’ailleurs exactement ce qu’il en attendait puisque “la société applaudit à son zèle patriotique93 “. La traduction pourrait donc bien être une manière d’afficher son “zèle patriotique”, de participer à la Révolution et d’être reconnu comme tel, c’est-à-dire comme un acteur de l’Histoire.
Enfin, au-delà des traducteurs, il convient d’interroger le lien entre les commanditaires des traductions et ces dernières. Le personnel révolutionnaire local semble y trouver un intérêt presque publicitaire, révélé par le contexte d’écriture de deux d’entre elles. Le cahier de doléance bilingue du Tiers-État du Labourd, d’abord, n’est peut-être pas publié en basque uniquement par commodité. En effet, les cahiers de doléances remis par les communes et par les corporations du Labourd sont tous rédigés en français. Ce n’est donc pas parce que des doléances auraient été exprimées en basque que le cahier final du Tiers-État est bilingue. Peut-être l’est-il pour assurer sa diffusion dans toutes les couches de la société? Ici un retour sur un double contexte nous paraît nécessaire. D’un côté, une disette touche le Labourd depuis 1787, et des émeutes prennent de l’ampleur au printemps 178994. Le souci de communiquer avec les franges les plus pauvres de la société basque est donc très certainement réel et aurait pu justifier l’impression en basque du cahier. Cela dit, cette situation est celle de beaucoup de provinces françaises qui n’ont pas pour autant imprimé leurs cahiers dans leur langue, et si les Labourdins connaissent une grave crise financière, il est peu probable qu’ils aient les moyens de dépenser le peu d’argent qu’ils gagnent dans le cahier bilingue du Tiers-État. En parallèle, le Labourd a beaucoup peiné à obtenir une représentation spéciale et à ne pas être rattaché à la sénéchaussée de Dax et de Bayonne. Un des arguments utilisés par les députés à Paris, et par Garat, est notamment que les Labourdins n’entendent que le basque : alors que leur identité provinciale a failli être attaquée, les élites labourdines pourraient ainsi chercher à rappeler au pouvoir central leur singularité, au travers d’un document bilingue ayant une forte valeur symbolique. Le même procédé pourrait être à l’œuvre en 1790 avec les traductions du décret de formation des municipalités. Ces dernières sont produites et imprimées au moment même où les débats autour de la formation du département des Basses-Pyrénées font rage, c’est-à-dire entre janvier et septembre 1790. Un des enjeux de l’opposition des députés basques à leur réunion avec leurs voisins béarnais est justement qu’ils ne parlent pas la même langue. L’originalité de l’euskara est ainsi exaltée par Garat lors de son intervention du 12 janvier 1790 pour convaincre l’Assemblée de créer un département basque95. Dans ce contexte, on pourrait considérer que les traductions en basque constituent des preuves transmises aux autorités de l’irréductible singularité des Basques face aux Béarnais, laquelle s’exprime le plus clairement dans leur langue. Nous pouvons donc penser que les élites basques cherchent à réaffirmer leur singularité via la production de textes en basque qui publicisent et symbolisent cette différence.
Enfin, la traduction en basque est aussi l’occasion pour cette petite élite locale de montrer son importance en tant que courroie de transmission. Les notables parlant basque peuvent, grâce à l’impression de certains documents en euskara, s’affirmer comme les intermédiaires nécessaires entre le pouvoir central et les communautés les plus pauvres. Ils sont à la fois ceux qui peuvent intégrer les franges populaires au “texte public”, mais également les seuls à pouvoir démasquer le “texte privé” des subalternes, pour reprendre la distinction établie par James. C. Scott96. En publiant les traductions et en en faisant part à l’Assemblée et aux ministres, les élites locales manifestent aux yeux du pouvoir leur capacité à intégrer les dominés dans le nouveau texte public, compris comme l’ensemble des gestes, pratiques et discours visant à afficher l’adhésion officielle des subalternes à l’ordre dominant. En parallèle, les traductions rendent visible la possibilité d’un texte proprement “caché “, entendu comme un ensemble de pratiques et de discours inaccessibles aux dominants où fermente une remise en question de l’ordre. Les traductions montrent concrètement l’opacité de la langue basque, donc son potentiel de dérangement si elle était utilisée pour conspirer contre la discipline établie. Elles manifestent donc la dépendance fondamentale du personnel révolutionnaire national aux notables locaux, capables de déchiffrer la langue et donc de pénétrer le texte caché. Ces derniers se posent donc, via les traductions, comme les nécessaires relais locaux du pouvoir central.
Conclusion
Le renversement du paradigme de la (ou des) politique(s) de la langue en Révolution permet d’interroger différemment les traductions de documents révolutionnaires en basque.
Les deux décrets votés en 1790 et en 1792 participent bien d’un mouvement en faveur des langues régionales au début de la Révolution. Mais ces dernières ne sauraient constituer une véritable “politique”, comme nous avons pu le démontrer. En prenant en compte la dimension locale des entreprises de traductions, il nous a été possible d’interroger leur valeur du point de vue de leurs producteurs plutôt que de celui d’une assemblée qui ne fait que recevoir et avaliser des demandes venues d’en bas. Ne pouvant nous résoudre à donner uniquement une portée pragmatique aux traductions en euskara du fait de leur caractère écrit, nous avons essayé d’envisager quelques raisons pouvant expliquer leur impression et leur diffusion. Selon les auteurs et les contextes, elles peuvent bien sûr se superposer et exister à des intensités différentes.
Dans la suite de nos recherches, portant sur la période 1792-1794, nous comptons démontrer que la fixation de la traduction en basque à l’écrit serait également justifiée par le danger de perversion du texte révolutionnaire. Ce dernier est accru par l’engagement du personnel ecclésiastique bascophone du côté de la contre-révolution à partir de 1793, rendant nécessaire une contre-offensive révolutionnaire bascophone. Cette idée et celles exposées précédemment ne constituent cependant que des hypothèses ouvertes par le détournement de la question de la politique de la traduction, appelées à être approfondies et débattues maintenant que le terrain a été quelque peu dépoussiéré.
Bibliografía
1 Selon les définitions du XVIIIe siècle, la différence entre une “langue” et un “patois” n’est pas intrinsèque mais dépend de l’échelle d’où cette langue est parlée. Aussi Beauzée explique-t-il dans l’article “langue” de l’Encyclopédie que deux idiomes différents entre deux nations sont appelés “langues” quand deux idiomes distincts au sein d’un même État sont appelés “patois”. Néanmoins, cette distinction n’est pas uniquement géographique. Elle se soutient surtout d’un jugement de valeur voulant qu’une langue soit plus développée qu’un patois, “abandonné à la populace des provinces” selon le même Beauzée (Sylvain Auroux, “Langue, État, nation : le modèle politique”, Cahiers de l’ILSL, 8, 1996, pp.1-20). Comme la distinction est émique et qu’elle est porteuse d’un présupposé que nous ne partageons pas, nous n’emploierons le terme de “patois” qu’entre guillemets. Il en va de même pour celui d’”idiome”, utilisé comme synonyme de “patois” entre 1789 et 1794 (Jacques Guilhaumou, Denise Maldidier, “La langue française à l’ordre du jour (1789-1794)”, Mots, 16, 1988, pp.131-154, p. 145).
2 Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française des origines à nos jours. T.IX, La Révolution et l’Empire, Paris, Armand Colin, 1927.
3 Henri Grégoire, dit l’abbé Grégoire (Vého, 1750-Paris, 1831), curé d’Emberménil, est élu député du clergé du bailliage de Nancy aux États-Généraux. Il se fait remarquer par sa sensibilité aux idées nouvelles et aux revendications du Tiers-État. Membre du Comité d’Instruction publique dès 1790, il envoie à ce titre un questionnaire dans les provinces françaises afin de connaître les usages des “patois” dans ces dernières. Il en tire un rapport, prononcé le 8 juin 1794 à l’Assemblée.
4 Archives Parlementaires (A.P.), t.XCI, “Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française présenté par Henri Grégoire à l’Assemblée”, suivi de l’ “Adresse aux Français sur la nécessité d’établir l’uniformité de la langue française”, séance du 17 prairial an II (8 juin 1794), pp. 318-327.
5 La place de la Révolution prise dans les mémoires basques doit beaucoup à l’ouvrage de Pierre Haristoy, abbé de Ciboure, qui publie à la fin du XIXe siècle plusieurs études très inspirées par la lecture d’Hippolyte Taine : Pierre Haristoy, Le Catéchisme de la Révolution ou la Révolution expliquée dans ses principes, son langage, ses oeuvres et sa fin, Bar-le-duc, 1877 ; Recherches historiques sur le pays basque, Bayonne, E. Lasserre, 1883, 2 vol. ; Les Paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire, Bayonne, Harriet, 3. vol.
6 Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel, Une politique de la langue: la Révolution française et les patois : l’enquête de Grégoire, Paris, Gallimard, 1975.
7 Alain Alcouffe et Ulrike Brummert, “Les politiques linguistiques des États-Généraux à Thermidor “ dans Henri Boyer et Philippe Gardy (éd.), La question linguistique au sud au moment de la Révolution française: actes du colloque de Montpellier (8-10 novembre 1984), t.II, Montpellier, 1985, pp. 51-77 ; Brigitte Schlieben-Lange, “La politique linguistique de la Révolution”, Boyer et Gardy (éd.), Question linguistique, t.II, pp. 97-127.
8 Par “Constituante” nous désignons la première assemblée nationale française, qui siège de l’été 1789 à septembre 1791 et doit donner une Constitution à la Monarchie française. En septembre 1791 est élue la première assemblée législative, remplacée en août 1792 par une nouvelle assemblée constituante, généralement désignée sous le nom de “Convention”.
9 Collection Baudouin, t. II, “décret sur la traduction des décrets dans les différens idiômes”, 14 janvier 1790, p. 14.
10 Collection Baudoin, t. XXXIII, “décret pour la traduction de divers décrets en langue allemande et idiômes vulgaires, basque, bas-breton, etc., et qui nomme des commissaires à cet effet “, 6 novembre 1792, p. 153.
11 On perd trace de l’entreprise Dugas de traduction en occitan de la Constitution à partir de novembre 1792, comme l’ont montré Alcouffe et Brummert; “ Politiques”, p. 56.
12 Egoitz Urrutikoetxea, La politique linguistique de la Révolution française et la langue basque, Bayonne, 2018.
13 Cirille Nyeck définit la politique publique comme l’ensemble des “actions spécifiques interreliées et officielles, annoncées ou entreprises à un moment donné par une autorité étatique légitime, au niveau local, national ou international et orientées vers la résolution d’un problème public”. Cirille Nyeck, article “Politique publique”, dans Nicolas Kada et Martial Mathieru (éd..), Dictionnaire d’administration publique, Paris, Presses universitaires de Grenoble, 2014, pp. 384-385.
14 La conservation des traductions en AA/32 est le fruit d’une heureuse coïncidence. En effet, la constitution du dossier 963 consacré aux traductions en langues régionales est le fait du versement d’autographes volés et consignés par un fonctionnaire des Archives nationales, Louis Petitbois. Ce vol de lettres a contribué à centraliser thématiquement les archives autour de la traduction des décrets, ce qui n’est pas pour déplaire aux chercheurs. Le dossier, indiqué par Ferdinand Brunot, a été traité de manière plutôt extensive par plusieurs historiens. Voir notamment: Schlieben-Lange, “Politique” ; Alcouffe et Brummert, “ Politiques “ ; Renée Balibar, La Révolution et la politique de la langue, Bruxelles, Université de Bruxelles, 1989 ; Anne Simonin, “La République en ses provinces : la traduction des lois, histoire d’un échec révolutionnaire (1790-1792 et au-delà) “ dans Bertrand Gilles et Pierre Serna (éd.), La République en voyage 1770-1830, Rennes, 2013, pp. 197-218.
15 Jérôme Champion de Cicé (Rennes, 1735-Aix en Provence, 1810), archevêque de Bordeaux, est nommé garde des Sceaux en août 1789. Il occupe ce poste jusqu’à sa démission, décidée après le vote de la Constitution Civile du clergé, le 20 novembre 1791.
16 Archives Nationales de France (A.N.), AA/32, doss. 963, lettre de Larrouy à Champion de Cicé lui proposant ses services de traducteur en béarnais, 20 janvier 1790.
17 Pierre Dithurbide (Saint-Jean-de-Luz, 1744-Bayonne, 1803) est un homme politique influent au Labourd, originaire d’Ustaritz. Doyen des avocats du Biltzar, il est pressenti pour être envoyé à Versailles avec Dominique-Joseph Garat, avant que le frère de ce dernier, Dominique Garat, ne lui vole la place. Dithurbide devient donc membre du comité de correspondance du Biltzar.
18 A.N., AA/32, doss. 963, minute d’une lettre de Champion de Cicé adressée au directoire du département des B.P. concernant la proposition du citoyen Dithurbide de traduire les décrets de l’A.N. en basque [fin 1790].
19 A.N., AA/32, doss. 963, minute de deux lettres de Champion de Cicé, à Necker et à d’Ormesson, concernant la traduction des décrets en basque, septembre 1790.
20 Le citoyen Dugas est député extraordinaire du Tarn à l’Assemblée et collaborateur au journal de Barrère, le Point du jour. Il entreprend en parallèle de son activité journalistique la traduction des décrets dans tous les “idiomes méridionaux” à partir de 1791. Sa collection de décrets traduits semble être la plus importante de toutes celles entreprises entre 1790 et 1793.
21 A.N., AA/32, doss. 963, lettre de la Société des amis de la Constitution de Bayonne à Dugas/Duport-Dutertre, lui proposant de traduire la Constitution en basque, 6 novembre 1791.
22 Egoitz Urrutikoetxea évoque la possibilité que cet ecclésiastique soit le même “Imbert” que celui de la traduction des décrets quant à la formation des municipalités (voir note 56). Mais nos recherches dans les registres de délibérations de la Société des amis de la Constitution de Bayonne invalident cette hypothèse. Voir Archives Municipales (A.M.) de Bayonne, 2I11, Délibérations de la société républicaine des Sans-Culottes de Bayonne, p.115, séance du 13 décembre 1791 : “M. Detcheverry ayant vu que la constitution devait être traduite dans les différentes langues usitées en France, offre de se charger de le faire en Basque. La société applaudit à son zèle patriotique, arrête d’en instruire le ministre de la Justice par une lettre dont la rédaction est confiée au dit Etcheverry.”
23 A.N., AA/32, doss. 963, réponse de Dugas à Duport Dutertre au sujet de la traduction de la Constitution en basque, 30 janvier 1792.
24 Dominique-Joseph Garat (Ustaritz, 1749- Ustaritz, 1833) est envoyé défendre les Labourdins avec son frère, Dominique, aux États Généraux de 1789. Il est ministre de la Justice d’octobre 1792 à mars 1793, puis de l’Intérieur jusqu’en août 1793.
25 Habitant de la ville d’Ustaritz.
26 A.N., AA/32, doss. 963, lettre de Dithurbide à Garat lui demandant d’appliquer le décret du 14 janvier 1791, et proposant ses services pour traduire les décrets de l’Assemblée en basque, 13 novembre 1792.
27 Urrutikoetxea, Politique, pp. 146-147. On notera que les documents ne sont pas en H/1171, comme indiqué par l’auteur, mais bien en H/1172.
28 A.N., H/1172, f°43, lettre de Pierre Dithurbide à Necker concernant la traduction des décrets en langue basque, 2 février 1790.
29 François Michel Claude Benoît Le Camus de Néville (1750-1813) est nommé intendant de Pau et de Bayonne en janvier 1784 et de Bordeaux en 1785.
30 A.N., H/1172, f°41, lettre de l’intendant Neville à Necker répondant à la proposition de Dithurbide de traduire les décrets en basque, 8 juin 1790.
31 A.N., H/1172, f°42, Franciaco Bilçarraren, edo Estatu Generalen Decretac, Erresuma gucico cargudunen eguiteco maneraren, cargudunen podorearen, eta functionen gaïnean, bere explicationeaz articulu bacotcharen gaïnean seguitua [Décrets de l’Assemblée des Français, ou des Etats-Généraux, sur la façon de nommer des responsables de tous les pouvoirs et de toutes les fonctions pour tout le royaume, suivi des explications de chaque article], s.a. [Pierre Dithurbide], Dax, G.R. Leclercq, 1790.
32 A.M. Bayonne, AA31, f°9, “Cahier des vœux et des instructions des Basques-François du Labourt pour leurs députés aux Etats-généraux de la Nation/ Lapurtar Euscaldun Francesec, erresumaco Estatu-generaletarat egortzen dituzten Deputatuei emaiten dioten botuen eta instruccion[ac nacion]era”, Bayonne, Paul Fauvet, 1789.
33 “Pyrenea Aphaletaco Departimenduco Electur eda Hautatçailen Bilkhuya Bearneco ordenaren Erreguelamendua, Abustuaren 13an, 1790an eguina/ Règlement de l’Assemblée électorale des Basses-Pyrénées du 13 août 1790”, publié dans Julien Vinson, Pièces historiques de la période révolutionnaire en français et en basque, t. II, Bayonne, 1874, pp. XI-XVII.
34 “Proclamation du Procureur du district d’Ustaritz sur le paiement des impôts et sur l’obéissance à la Constitution/ Ustaritzeco Procuradore Sindicaren proclamationea, behar dutela guciec Imposac pagatu eta Constitutioneari obditu”, publié dans Vinson, Pièces historiques, t.II, pp. XIX-XXXI.
35 Louis-Lucien Bonaparte (Thorngrove, 1813-Fano, 1891) est le fils de Lucien Bonaparte et par conséquent le neveu de Napoléon. Passionné par la langue basque, il contribue à l’étude et à la publication de nombreux textes en euskara.
36 Vinson, Pièces historiques, p. XIII.
37 Lapurdiko Komitatearen adierazpena Lapurdiko frankiziaren gainean [Déclaration du comité/de l’assemblée du Labourd sur la franchise du Labourd], 10 juin 1790, recopié dans Imanol Trebiño (éd.), Administrazio zibileko testu historikoak [Textes historiques d’administration civile], Oñati, Instituto Vasco de Administración Pública, 2002, pp. 125-150.
38 Instructione chehe eta familler batçu Donibaneco populuarençat, carguduntassunaren suyetean diren opinione diferentac arguitceco eta churitceco [Quelques instructions, simples et familières, pour la population de Saint-Jean-de-Luz au sujet de la constitution des municipalités], Bayonne, P. Fauvet, 1790. Recopié dans Trebiño, Administrazio, pp. 125-150.
39 Egoitz Urrutikoetxea soulignait déjà ce point dans son mémoire, puisqu’il y “décel[e] une pratique relativement autonome vis-à-vis de la politique de traduction mise en place à Paris”, Urrutikoetxea, Politique, p. 149.
40 Simonin, “République”.
41 A.N. AA/32, doss. 963, observations “sur plusieurs difficultés que présente le décret du 14 janvier 1790 “, s.a. [Duport-Dutertre], s.d [début 1791].
42 Décret du 9 novembre 1789: “La promulgation des lois sera ainsi conçue: ‘Louis, par la grâce de Dieu, et la Loi constitutionnelle de l’État, roi des Français, à tous présens et à venir, salut. L’Assemblée nationale a décrété, et nous voulons et ordonnons ce qui suit, etc.’ La copie littérale du décret sera insérée sans addition ni observation (...). Les décrets sanctionnés par le roi porteront le nom et l’intitulé de lois: elles seront scellées et expédiées aussitôt après que le consentement du Roi aura été apposé au décret...”, cité par Simonin, “République”, p. 199.
43 Simonin, “République”, p. 201.
44 Collection Baudoin, t.XXXIII, “Décret pour la traduction de divers décrets en langue allemande et idiômes vulgaires, basque, bas-breton, etc., et qui nomme des commissaires à cet effet“, 6 novembre 1792, p. 153.
45 A.M. de Bayonne, 2I9 : Registre des délibérations du club des Amis de la Constitution de Bayonne, p. 115, séance du 13 décembre 1791.
46 A.N., AA/32, doss. 963, f°10, minute d’une lettre adressée par Champion de Cicé à Jacques Necker à propos de la demande du maire d’Ustaritz, septembre 1790.
47 A.N., AA/32, doss. 963, lettre de Pierre Dithurbide à Dominique-Joseph Garat, ministre de la Justice, lui proposant de traduire la Constitution en basque, 13 novembre 1792.
48 Urrutikoetxea, Politique, pp. 145-149.
49 A.N., H/1172, f°43, lettre de Pierre Dithurbide à Necker concernant la traduction des décrets en langue basque, 2 février 1790.
50 A.N., H/1172, f°39, note de travail de Necker résumant la lettre de Neville du 8 juin 1790, 19 août 1790.
51 A.N., H/1172, f°40, lettre de Pierre Dithurbide à Necker lui rappelant qu’il attend une réponse de Neville, 15 juin 1790.
52 A.N., AA/32, doss. 963, f°10, minute d’une lettre adressée par Champion de Cicé à Necker à propos de la demande du maire d’Ustaritz, septembre 1790.
53 A.N., AA/32, doss. 963, minute d’une lettre de Duport-Dutertre adressée au citoyen Dugas concernant une proposition de la Société des amis de la Constitution de Bayonne de traduire la Constitution en basque, décembre 1791.
54 A.N., AA/32, doss. 963, circulaire du ministre de la Justice envoyé aux départements les chargeant de vérifier les traductions en idiomes méridionaux effectuées par Dugas, 4 mars 1792.
55 Dithurbide projette de traduire la Constitution, mais il est impossible de savoir s’il l’a effectivement fait. Même si c’était le cas, elle n’a pas dû bénéficier d’une grande diffusion puisqu’elle n’a laissé aucune trace dans les archives.
56 Signalé par Egoitz Urrutikoetxea. Nous ne savons pas où est conservé l’original, mais le texte est disponible sur le web : “Frantziako dekretua herrietako kargudunez. Testu zaharrak- XVIII mendea”, Klasikoen gordailua [Dépôt de textes classiques] (https://klasikoak.armiarma.eus/testuak/testuak18011.htm, 28 mai 2025). Il a également été édité dans Trebiño, Administrazio.
57 A.N., H/1172, doss. 3, f. 42, 1790, Franciaco Bilçarraren, edo Estatu Generalen Decretac, s.a. [Pierre Dithurbide], Dax, G.R. Leclercq.
58 Nous revenons sur ces évènements dans notre mémoire de master. Pour plus de précisions, voir Jean-Paul Jourdan, “La naissance du département des Basses-Pyrénées (1790)”, Bulletin de la Société des Sciences, Arts et Lettres de Bayonne, 145, 1989, pp. 233-251.
59 Le texte est bilingue. “Pyrenea Aphaletaco Departimenduco Electur eda Hautatçailen Bilkhuya Bearneco ordenaren Erreguelamendua, Abustuaren 13an, 1790an eguina/ Règlement de l’Assemblée électorale des Basses-Pyrénées du 13 août 1790”, publié dans Vinson, Pièces historiques.
60 “Proclamation du Procureur du district d’Ustaritz sur le paiement des impôts et l’obéissance à la Constitution/ Ustaritzeco Procuradore Sindicaren proclamationea, behar dutela guciec Imposac pagatu eta Constitutioneari obditu”, publié dans Vinson, Pièces historiques. Le texte est également bilingue.
61 Bernard Oyharçabal, “Statut et évolution des lettres basques durant les XVIIème et XVIIIème siècles”, Lapurdum, 6, 2001, pp. 219-287.
62 Ibid, pp. 222-227.
63 Lettre du père Clément Duhalde du 31 juillet 1734, citée dans Ibid, p. 243.
64 Instructione chehe eta familler batçu Donibaneco populuarençat, carguduntassunaren suyetean diren opinione diferentac arguitceco eta churitceco [Quelques instructions, simples et familières, pour la population de Saint-Jean-de-Luz au sujet de la constitution des municipalités], Bayonne, P. Fauvet, 1790. Recopié dans Trebiño (dir.), Administrazio, pp. 125-150.
65 C’est le.a médiateur.rice responsable d’un article sur le site internet Bilketa.fr qui a souligné la présence d’explications supplémentaires dans la traduction de Dithurbide. Voir “1790 - Franciaco bilçarraren, edo estatu generalen decretac”. Documents remarquables. Sur le portail des fonds documentaires basques Bilketa. (https://www.bilketa.eus/decouvrez/documents-remarquables/franciaco-bilcarraren-edo-estatu-generalen-decretac, 28 mai 2025).
66 Maïté Lafourcade, “ Le pays de Labourd à la fin de l’Ancien Régime “ dans Jean-Baptiste Orpustan (éd.), 1789 et les basques: histoire, langue et littérature, Talence, Presses Universitaires de Bordeaux, 1991, pp. 35-52.
67 A.M. d’Ahetze, 1D1.
68 A.M. Ustaritz, BB8 : registre des délibérations communales (1788-1790), délibération du 9 mars 1790.
69 A.N., H/1172, f°43, lettre de Pierre Dithurbide à Necker concernant la traduction des décrets en langue basque, 2 février 1790.
70 Ibidem.
71 A.N., H/1172, f°41, lettre de l’intendant Neville à Necker répondant à la proposition de Dithurbide de traduire les décrets en basque, 8 juin 1790.
72 Ibidem.
73 A.N., H/1172, f°43, lettre de Pierre Dithurbide à Necker concernant la traduction des décrets en langue basque, 2 février 1790.
74 A.N., H/1172, f°41, lettre de l’intendant Neville à Necker répondant à la proposition de Dithurbide de traduire les décrets en basque, 8 juin 1790.
75 Ibid.
76 Voir le “Tableau de l’usage linguistique par thèmes et par siècles” établi par Manex Goyhenetche dans Les Basques et leur histoire, Donostia, Elkar, 1993, p. 45.
77 Bernard Detchepare, ou Detxepare (Bussunaritz-Sarrasquette, 1470-1545) est l’auteur du premier livre imprimé en basque, Lingua vasconum primitiae, publié en 1545 à Bordeaux.
78 “Ceren bascoac baitira abil, animos et gentil eta hetan içan baita sciencia gucietan letratu haundiric, miraz nago jauna nola batere ezten assayatu bere lengoage propriaren favoretan heuscaraz cerbait obra eguitera eta scributan imeitera, ceren ladin publica mundu gucietara berce lengoagiac beçala hayn scribatzeco hon dela”, dans Bernard Detchepare, Lingua vasconum primitiae [1575], cité par Urrutikoetxea, Politique, p. 61-62.
79 Oyharçabal, “Statut”.
80 Le mot est attesté chez Julio de Urquijo et réinvesti il y a peu par Xavier Iñarra-San Vicente que nous remercions pour la communication de sa thèse avant sa publication. Xabier Iñarra-San Vicente, La lengua primitiva. Vascoangelismo, regímenes de historicidad y la cara oculta de la ilustración vasca (1728-1879), thèse de doctorat en histoire, sous la direction d’Andoni Artola, Vitoria, Universidad del País Vasco, 2025, p.15.
81 Voir le quatrième chapitre de la thèse de Xabier Inarra-San Vincente consacré au basco-évangélisme en Iparralde. Iñarra-San Vincente, Lengua primitiva, pp. 367-425.
82 Urrutikoetxea, Politique, p. 165.
83 Oyharçabal, “Statut”, p. 266, note 73.
84 Aurélie Arcocha: “Sur la traduction en basque des textes officiels de la période révolutionnaire”, Orpustan (éd.), 1789, pp. 171-194, pp. 180-82.
85 Ibid, p. 178.
86 Sur les 342 néologismes analysés, 58,70% d’entre eux, soit 201 mots, sont formés uniquement en basque. Cependant, parmi ces 201 mots, Margarita Rica Esnaola distingue un groupe a n’ayant subi aucune interférence lexicale (142 mots), d’un groupe b pour lesquels ce n’est pas le cas (59 mots). Sachant que tous les mots composés autrement qu’uniquement en basque sont considérés d’office comme ayant subi une interférence lexicale, et en leur ajoutant les 59 mots formés en basque mais avec une interférence du français, elle arrive à une majorité de mots formés par interférence lexicale. Margarita Rica Esnaola, “Traduction en basque de termes politiques sous la révolution”, Anuario del Seminario de Filología Vasca “Julio de Urquijo”, 9, 1975, pp. 77-79.
87 Selon lui, les notables locaux (il cite ceux de Saint-Jean-de-Luz) profitent de la situation linguistique pour monopoliser les lieux de pouvoir. La possibilité de faire entrer le basque dans l’arène politique signifierait la fin de leur hégémonie, permise par leur maîtrise du français. Voir Urrutikoetxea, Politique, p. 143.
88 Situé en pays charnègue, soit à l’extrême frontière nord du Pays basque, à la frontière avec le Béarn, et comprenant des bourgs telles que Came, Bidache, Urt ou Labastide-Clairence.
89 A.N., AA/32, doss. 963, lettre de M. Larrouy, avocat en parlement et juge de la sénéchaussée de Came au ministre de la Justice lui proposant de traduire les décrets en béarnais et en basque, 20 janvier 1790.
90 A.N., H/1172, f°43, lettre de Pierre Dithurbide à Necker concernant la traduction des décrets en langue basque, 2 février 1790.
91 L’organisation judiciaire d’Ancien Régime est réformée par le décret du 16 août 1790 (sanctionné le 24). Voir Collection Baudoin, t. V, pp. 170-193.
92 Haim Burstin, Révolutionnaires: pour une anthropologie politique de la Révolution française, Paris, Vendémiaire, 2013, p. 152.
93 A.M. de Bayonne, 2I9 : Registre des délibérations du club des Amis de la Constitution de Bayonne, p. 115, séance du 13 décembre 1791.
94 Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays basque. Tome IV. La Révolution de 1789, Donostia, Bayonne, Elkar, 2002, pp. 87-93.
95 A.P., t. IX, “Contestations sur la réunion du pays des Basques au Béarn”, 12 janvier 1790, pp. 210-211.
96 James C. Scott, La domination et les arts de la résistance: fragments du discours subalterne [1990], Paris, Éditions Amsterdam, 2019.